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Semaine Jazz de la Defense


Kellylee Evans la DéfenseLa particularité du festival Jazz à la Défense est d’explorer les métissages musicaux. Chaque artiste incarne la croisée des chemins entre le jazz et d’autres influences, ce qui parfois peut-être déroutant. Est-ce que l’on est toujours dans le jazz ? Ou est-ce que l’on vient d’entrer de plein pied dans le rock ou la funk ? Une semaine de Crossroad !

 

D'abord ce que je n'ai pas aimé, comme l'année dernière, la scène est trop grande, mal orientée et manque de convivialité. La balance et la sono sont plus appropriées à des concerts rock qu'à des formations jazz ; ok, la programmation très diversifiée ne fait finalement passer que peu de formation 100 % jazz, mais quand même...

Maintenant, ce qui s'est passé durant cette semaine, eh, soyez indulgent, j'ai un travail et je n'ai pas pu assister à tous les concerts. Ce qui est très intéressant dans ce festival, c'est le nombre d'artistes invités et l'heure à laquelle jouent ces formations, entre midi et deux au cœur de l'une des première place économique d’Europe, le quartier d'affaires de la Défense.

 

Pour commencer en douceur, l’ouverture s’est faite par Ibrahim Maalouf, qui vient de l’autre côté de la méditerranée, mais qui finalement comme il le dit lui-même joue un jazz simple et mélodieux. Tout juste auréolé de la distinction d'artiste de l'année (aux Victoires du jazz), il a chauffé la soirée et pour moi, il a donné le La de ce qu’est le jazz. On entendait dans ses sons de trompette Maurice Chevalier et Miles Davis, qu’il avoue être deux sources d’inspirations.

Pour le twitter : @Ibrahimmaalouf

 

Toujours down tempo, le lundi, la scène était sous le charme de Kellylee Evans. L'artiste canadienne a joué une soul matinée de rythme afro-cubain : l’apport du piano côté cubain, de la voix et du phrasé côté Afrique (Sénégal, il me semble) ce qui donne un rythme lancinant et doux.

Pour la twitter : @kellyleeevans


Kellylee a ensuite donnée la scène à Otis Taylor. Son visage raconte presque l’histoire du blues à lui tout seul ! Le blues qu’il joue est un blues rustique très profondément marqué par la country. On sent, à l’allure vestimentaire de chacun que leurs inspirations plongent dans l’Amérique rurale. Évidemment, le violon de Anne Harris est l’une des sources de cet ancrage, musique de pionnier.

Otis Taylor joue de ce visage brun et impressionnant pour mieux donner des coups de boost à sa musique. Sa touche, c’est de mélanger le terroir avec des sons travaillés d’échos et de réverbération. Ce côté inquiétant que renforce le masque qu’il prend alors s’efface dès que le rythme reprend sa route mélodique. Les sons de sa guitare sont avant tout des sons d’ambiance. C’est Shawn Starski qui assure la partie solos. Et comme tout bon bluesman, Otis Taylor s'est offert un bain de foule en jouant de son harmonica dans les travées du festival.

Pour le twitter : @OtisTaylorBand

 

Mardi, le jour des Ovni ! A commencer par le Funk agressif de The Heliocentrics, un collectif londonien d’artistes de divers horizon. Ils ont donné sur scène de quoi bouger, avec de bons rythmes et des sonorités originales à base de clarinette indienne (Pungi) ou de Steel drum des caraïbes. J'ai pourtant trouvé le tout torturé et tortueux.

 

Avec Heliocentrics, on s’éloigne du jazz, mais il fallait ça pour préparer la venue de Birth of Joy qui pour le coup n’avait aucun lien avec le jazz. Un groupe que j’attendais surtout côté clavier, puisqu’outre la formation en trio, l’orgue pouvait être propice à des impros endiablées. Du punch, il y en a eu puisqu’on se serait cru au festival Rock en Scène. Un sans faute mais un son bien trop calqué sur les Doors. Si proche de la formation de Jim Morrison, qu’on se sent obligé de comparer. Et là, Birth of Joy ne fait pas le poids, car pour ma part, je préfère l’original à une géniale copie. Les tours de la Défense ont tremblées, sous le chant et les accords de Kevin Stunnenberg au son proche du heavy ; par contre, les touches de Gertjan Gutman ne sont pas restées suffisamment enfoncées à mon goût. Ces là que la folie de l’impros devait pénétrer. Ray Manzarek ne s’est pas réincarné.


Mercredi, la voici LA découverte du festival avec le groupe Vintage Trouble. Ils viennent de L.A., ils ne sont pas nouveau dans le circuit puisqu’ils tournent en première partie des Who et ils jouent de la soul music aux accents rock typique de la fin des années 1960. D’entrée, ils nous amènent dans leur monde avec un look rétro à la fois classe et désuet. Ce n’est pas un détail ce look, c’est signe de la grande cohérence du groupe. Aux commandes, le chanteur Ty Taylor, petit gabarit mais débordant de cette énergie communicatrice que l’on retrouve du côté des prêcheurs et du Gospel. Il représente cette culture afro-américaine qui s’est transmise de génération en génération des origines du blues, aux chants religieux puis avec l’électrisation de la musique sous forme de la soul, du rock et avant le R'nB et le hip-hop. J’ai trouvé des ressemblances dans sa voix comme dans sa physionomie avec Corey Glover des Living Colour. Un petit bain de foule et des supers musiciens.

Pour les twitter : @vintagetrouble


Jeudi retour à des sonorités jazz plus classiques, mais très sophistiquées avec la formation de Gerry Lopez & Fro Trio ; on serait presque surpris d'entendre de longues impros, du sax et un tempo syncopé. Ce jeune trio a raflé l'année dernière tous les prix distribués dans le cadre du tremplin Jazz à la Défense 2012.

 

Le trio Rusconi monte sur scène vendredi avec une formation originale au départ, puisque la basse est remplacée par une guitare électrique (piano, batterie, guitare). Avec beaucoup de réverbération et d'écho, le trio crée une musique contrastée entre la mélodie délivrée au piano et la persistance des sons. La mélodie est très imagée et laisse dériver l'imagination (évocation de lieux) ; l'ambiance est renforcée par l'utilisation de beaucoup d'accessoires : Stephan Rusconi siffle, Claudio Strüby utilise de mini percussions, clochettes et triangle. L'accessoirisation du piano est interessante, lorsqu'elle joue sur la sonorité du piano (Stephan utilise une pédale d'effet). Elle est superflue lorsqu'il s'agit juste d'aller frapper les cordes directement sous le couvercle.

 

Samedi, alors, là, ok, j'étais mauvaise langue, la soirée du 06/07 était une soirée de très haut niveau et 100 % jazz. En première partie, Shai Maestro trio. Sa prestation ne fait que renforcer mon sentiment, que le piano est un instrument incontournable du jazz par sa complétude. Au niveau de l'étendue des octaves qu'il couvre, parce qu'il permet - quand on le maîtrise ! - de créer le quatrième homme, c'est à dire la rythmique et la solo, et parce que le son du piano est extrêmement riche. Démonstration avec Shai Maestro, jeu mélodieux, très nuancé, plutôt sur des tempos lents et très expressifs. Le public a répondu présent, preuve pour les organisateurs qu'un trio jazz peut aussi rameuter les foules. Shai a joué pour Avishai Cohen pendant 19 ans, mais il a développé son propre style, loin des triturassions ou des artifices inutiles : un clavier au service de la musique.

 

Il fallait cette virtuosité pour ouvrir la voix à Chick Coréa. Le point d'orgue de cette semaine riche en concerts. Un véritable cadeau quand on pense que les apparitions du pianiste brésilien sont toujours des moments d'exception. La musique de Chick, comme sa formation, The Vigil, semble tendre vers l'infini. C'est une sorte de fractale musicale à l'intérieur de laquelle on peut zoomer sans limite, on retrouve alors de nouveaux rythmes, de nouveaux sons comme des centaines de morceaux dans le morceau initial. Chick Coréa a pris dans un tourbillon de créativité. Sous son flux, un morceau ne semble jamais devoir s’arrêter. Tout est prétexte pour rebondir, pour relancer la machine musicale. Les rouages sont nombreux, et talentueux (Christian McBride à la basse, Marcus Gilmore à la batterie, Tim Garland aux vents et Charles Altura à la guitare) et chaque membre des Vigil joue en fait 2 ou 3 instruments durant une même pièce : feu d'artifice de sonorités. Qui a dit que le jazz était une musique de spécialiste ? Vu la foule et son enthousiasme, mais aussi la qualité de son écoute et de son attention pour un artiste qui développe une musique non formatée, on peut dire que le jazz peut rassembler, ou peut-être faut-il tirer de la programmation très large du Festival Jazz à la Défense est une solution pour faire sauter les étiquettes et réunir un large public autour de courants variés.

Le festival Jazz à la Défense édition 2013 est fini pour moi (je ne vais pas à la soirée Electro de clôture). Il me reste à saluer l'originalité de ce festival de midi, et à guetter le venue prochaine des Vintage Trouble dans une salle parisienne !

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